Publié par Paterne Mba Ndong

Paterne Mba Ndong (professeur de français)

La situation sanitaire mondiale commande de changer les différents modèles de notre vie de peur de voir certains secteurs plombés. C'est particulièrement le cas du milieu éducatif où le e-learning est désormais incontournable. A ce titre, le Gabon ne devrait pas déroger à la règle. 

En effet, les autorités du pays ont mis en place, il y a quelques mois, au plus fort du confinement, le système de télé-enseignement dénommé « Apprendre à la maison », en mettant à contribution la Première chaine de télévision nationale, pour relayer les différentes activités élaborées et présentées par des spécialistes disciplinaires. Cette approche a été l'occasion de rattraper d'une certaine manière les enseignements qui n’ont pu se faire en situation de classe, permettant ainsi à des milliers d’élèves, à travers le territoire national, d’être connectés à l’école. Toutefois, la question qui nous vient tout de suite à l'esprit est celle de savoir si ce mécanisme peut valablement remplacer l'école classique.

A priori, ce modèle a le mérite de pousser toute la communauté éducative gabonaise à nouer avec les outils techniques et numériques, indispensables pour être compétitif à l'échelle internationale.

Il permet aussi de garder le lien avec nos apprenants, même en temps de crise généralisée, comme c'est le cas aujourd'hui avec la pandémie du Coronavirus (COVID-19), qui frappe de plein fouet tous les Etats du monde, même les plus puissants.

Ajoutons qu'il met l'apprenant dans un certain confort, proche de l'univers domestique et ludique. Nous avons envie de dire qu'il lui confère une véritable liberté. Il peut ainsi suivre le cours via la télévision, la radio... en grignotant, allongé ou assis sur un canapé ou choisissant son environnement de travail.

Mais, ce système ne pourrait en aucune façon se substituer à l'école classique puisque la situation sanitaire actuelle nous a clairement révélé que la formule revêt tout son intérêt en temps de crise plutôt qu'en temps normal. Les faits sont têtus.

En réalité, depuis la tradition antique, la double vocation principale de l’école est d'instruire et d'éduquer, avec toute la socialisation qu'elle se doit d'imprimer. Cela suppose donc la présence physique du chargé de cours et des apprenants. Malheureusement, le télé-enseignement n'offre pas ce paramètre fondamental.

De plus, ce modèle ne permet pas non plus de "décomplexer" l'enseignement, en mettant en veilleuse la transmission des connaissances ''enseignants-élèves'', pour recourir de temps à autre aux "élèves leaders" afin qu'ils viennent en aide aux apprenants en difficulté. Autrement dit, la relation dynamique entre apprenants interagissant, qui est levier stratégique pour faciliter les apprentissages, n’existe pas. 

De même, ce modèle brise un ressort essentiel de l’acte pédagogique, à savoir le groupe-classe. Qu'il s'agisse d'un élève médiocre, d'un élève moyen ou d'un élève excellent, chacun se déploie le mieux en situation-classe, cadre d’interactions diverses rimant nettement avec l'émulation, entre autres.

Nul besoin de rappeler que ce modèle exhume davantage toutes les inégalités socio-économiques, laissant apparaître de façon éclatante les disparités d'accessibilité au numérique. En fait, il n’est un secret pour personne que les inégalités ont leur pendant en milieu scolaire, relativement à la situation de chaque élève. Certains d’entre eux évoluent dans un environnement ne disposant ni de poste radio ni de poste téléviseur, encore moins de téléphones portables. Et la connexion internet est pour cette catégorie un luxe relevant du rêve. 

De plus, l'interaction est vraiment mise à mal ; c'est-à-dire, ce côté magique (chaleur humaine) permettant à l'enseignant de transmettre et d'apprendre de l'élève tout en le guidant pour l'amener à bien construire sa réponse ou son raisonnement. 

C'est donc dire que le télé-enseignement ne peut en rien remplacer l'école traditionnelle. Il aura tout de même une place non négligeable dans notre système éducatif une fois que l'Etat aura rempli sa part du ''contrat'' en termes d'infrastructures sur l'ensemble du territoire national et en soutenant considérablement les populations économiquement faibles. L'UNESCO, les ONG et bien d'autres organisations pourront venir en appui à ces couches défavorisées en aidant à lutter contre la fracture numérique.

 

L'école gabonaise face à la pandémie du coronavirus

Ingénierie Éducative Gabon

Téléphone : (+241) 076 28 37 77 / (+241) 066 84 85 60

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